Eurodif
Eurodif, qui signifie European Gaseous Diffusion Uranium Enrichment Consortium, est une usine d'enrichissement de l'uranium implantée dans le site nucléaire du Tricastin à Pierrelatte dans la Drôme, et exploitée par une filiale de Areva NC, Eurodif SA. Le site nucléaire du Tricastin comprend de nombreuses installations nucléaires dont les plus imposantes sont la centrale nucléaire du Tricastin et l’usine Eurodif.
L'uranium enrichi produit par Eurodif est utilisé comme combustible par les centrales nucléaires françaises et de nombreuses centrales étrangères. L'uranium enrichi produit par Eurodif alimente environ 90 réacteurs à eau pressurisée, la filière nucléaire la plus largement répandue dans le monde, dont 58 réacteurs français. L'usine produit à elle seule 25% de la consommation mondiale d'uranium enrichi. Eurodif SA compte parmi ses clients EDF et plus de 30 compagnies d'électricité.
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Histoire
Eurodif est une coentreprise créée en 1973 entre 5 pays : la France, la Belgique, l'Italie, l'Espagne et l'Iran.
En 1974, le Shah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi, prêta 1 milliard de dollars pour la construction de l'usine en contrepartie du droit d'acheter 10% de la production du site. Le remboursement de cette somme doit commencer l'année de la mise en service d'Eurodif, en 1981. En 1977, il versa encore 180 millions de dollars. Suite à la révolution islamique de 1979, l'Iran suspend ses paiements et reclame le remboursement du prêt en faisant pression sur la France.
En avril 1979, le premier ministre Raymond Barre inaugure l'usine d'Eurodif. Dans le même temps, l'Ayatollah Khomeiny rompt le contrat de fourniture de centrales nucléaires passé avec la France. Mais il confirme l’actionnariat dans Eurodif de l’Iran qui possède toujours 10% des parts de cette usine. La France refuse de laisser l'Iran exercer son statut d'actionnaire d'Eurodif.
En 1981, après la mise en service de l'usine Eurodif, l'Iran réclame 10% de la production d'uranium enrichi auquel ils ont contractuellement droit, ce que la France refuse. De 1981 à 1991, le régime des mollahs est soupconné d'avoir perpétré plusieurs assassinats, prises d’otages et attentats meurtriers : probablement des centaines de français ont payé de leur vie avant que la France et l’Iran ne règlent le contentieux Eurodif.
Le 17 novembre 1986, après plusieurs attentats meurtriers à Paris, et l'enlèvement de journalistes français (Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat, ...) retenus en otage au Liban par des groupes liés à l'Iran,
la France rembourse 330 millions de dollars, mais refuse de fournir toute livraison d'uranium enrichi.
Le même jour se produit l'assassinat de Georges Besse, le fondateur d’Eurodif.
En décembre 1987 a lieu un 2eme versement officiel de 330 millions de dollars par la France à l'Iran.
Le 6 mai 1988, entre les deux tours de l'élection présidentielle, les otages français sont libérés. Le premier ministre Jacques Chirac assure dans un accord avec l'Iran des garanties politiques sur l'octroi sans restrictions par le gouvernement français de licence d'exportation d'uranium enrichi et le rétablissement du statut d'actionnaire de l'Iran dans Eurodif sous la condition du retour des derniers otages du Liban,.
En septembre 1989, le président François Mitterrand confie à François Scheer la formalisation d'un accord définitif de règlement du contentieux franco-iranien. Finalement un accord est trouvé en 1991 : la France remboursa plus de 1,6 millards de dollars. L’Iran est rétabli dans son statut d’actionnaire d’Eurodif via un consortium franco-iranien nommé Sofidif, avec le droit de prélever 10 % de l’uranium enrichi à des fins civiles.
De source diplomatique française, on indique que l'Iran est bien membre d'Eurodif. Mais en l'absence de centrale nucléaire civile opérant en Iran, il n'y a pas de livraison d'uranium enrichi.
Fonctionnement actuel
L'usine, baptisée Georges Besse, fournit en uranium enrichi une quarantaine de producteurs d'électricité dans le monde, dont Électricité de France.
L'uranium naturel 238 contient 0,7 % d'uranium 235. Actuellement, il est enrichi jusqu'à 5 % par un procédé de diffusion gazeuse utilisant l'hexafluorure d'uranium (UF6).
A cette fin, l'usine d'enrichissement Eurodif consomme environ 17 TWh par an, or la centrale nucléaire de Tricastin produit environ 25 TWh/an, on peut donc en déduire que les 2/3 de la production de la centrale de Tricastin, soit près de 3 des 4 réacteurs, sont utilisés pour alimenter Eurodif, ce qui fait d'Areva le plus gros client d'EDF.
Projet d'enrichissement par centrifugation
Pour réduire la facture énergétique de l'enrichissement à Eurodif, Areva a pour projet d'abandonner le procédé d’enrichissement par diffusion gazeuse actuellement utilisé à l’usine Eurodif pour un procédé par centrifugation, dans le cadre de la création de l'usine Georges Besse II. L'avantage de ce nouveau procédé par centrifugation est la moindre consommation d'énergie : 10 à 40 fois moins d’électricité que le procédé actuel par diffusion gazeuse. [1] Le projet a fait l’objet d’un débat public en Rhône-Alpes du 1er septembre au 22 octobre 2004, débat organisé par AREVA, le maître d'ouvrage du projet[2].
Le calendrier prévisionnel, qui prévoit la première production de l’usine Georges Besse II pour fin 2007, semble avoir quelque retard en raison des études de sûreté concernant le risque de sismicité, le risque de criticité et le risque de chute d’avion, qui ont été demandées par l’autorité de sûreté nucléaire (ASN).
La fin des opérations de démantèlement de l'usine actuelle "George Besse" est prévue pour fin 2020. La nouvelle installation "George Besse II" devrait enrichir de l'uranium à partir de fin 2007.
Références
- ↑ M. Schneider et al., Research and Development Expenditure on Nulcear Issues in France : 1960-1996, WISE-Paris pour Energy Services, Lohmar, Allemagne, février 1998
- ↑ http://www.debatpublic-gbesse2.org/