Valeurs Actuelles n° 3643 paru le 22 Septembre 2006
France
| Valeurs Actuelles n° 3643 paru le 22 Septembre 2006
France
| La chute de la maison verte
Par Arnaud Folch
| De moins en moins écolos et de plus en plus politiciens, les Verts ont perdu leur crédit dans l’opinion. Une mauvaise nouvelle pour la gauche, qui avait pris l’habitude de compter sur eux pour le second tour…
Les Verts dans… le rouge ! Lancé à la terrasse d’un café par un élu socialiste parisien, le jeu de mots, pour facile qu’il soit, résume bien la situation. Il y a le feu à la maison écolo ! Au point d’inquiéter sérieusement ses alliés. Hier roue de secours de la gauche plurielle – à Paris et ailleurs –, les Verts sont en passe de devenir son boulet. « Aux municipales de 2001, constate le même, nous ne l’aurions pas emporté sans eux. Aux municipales de 2008, il faudra l’emporter malgré eux. » Surprenant paradoxe : c’est au moment même où les Français sont de plus en plus “environnementalistes” qu’ils se révèlent de moins en moins écologistes – dans sa version verte. Selon un sondage LH2 réalisé en juillet dernier pour la fondation Nicolas-Hulot, les Français sont 90 % – un record – à estimer prioritaire de « changer profondément de politique pour faire face aux risques écologiques ». Mais ils ne sont plus que 1,5 %, selon le dernier baromètre TNS Sofres-Unilog, à s’apprêter à voter pour Dominique Voynet en 2007. Trois fois moins que les 5,2 % obtenus par Noël Mamère en 2002. Et à des années-lumière des 10,6 % d’Antoine Waechter aux européennes de 1989, marquant l’irruption tonitruante des Verts sur la scène politique, cinq ans seulement après leur création. « La tornade verte », titrait alors Libération… Confirmation aux régionales de 1992, où les Verts et Génération écologie raflent 14 % des suffrages à eux deux. Outre sa centaine d’élus, les Verts – qui s’en souvient encore ? – emportent la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais. C’est Marie-Christine Blandin, une quasi-inconnue, qui s’impose, après négociation, face aux poids lourds du PS et du PC dans ce bastion historique de la gauche. Un an plus tard, aux législatives, où les socialistes sont laminés, l’alliance Verts-GE rassemble 7,6 % des voix. Puis encore 9,7 % avec Daniel Cohn-Bendit aux européennes de 1999. Trois points de moins seulement que la liste RPR-UDF conduite par… Nicolas Sarkozy ! C’était écrit : ces “dix glorieuses” (1989-1999) devaient ouvrir une “nouvelle ère”. Elles n’auront été qu’une parenthèse. Phénomène strictement local, dû à l’émergence d’un nouvel électorat “bobo” dans la capitale, les municipales parisiennes de 2001 vont offrir une dernière fois aux Verts l’occasion de briller (12 % au premier tour), mais il s’agit d’un trompe-l’œil. « Voilà des années que le mouvement écologiste se déconstruit électoralement, constate Jean-Marc Lech, coprésident d’Ipsos. Si les Verts ont longtemps trouvé dans l’opinion un écho favorable, c’est bien fini aujourd’hui. »
“La vraie couleur des Verts, c’est le rouge”.
Les Français font désormais clairement la différence entre l’écologie, qu’ils approuvent, et les Verts, qu’ils rejettent. L’un n’est plus synonyme de l’autre. Selon une récente étude CSA-le Nouvel Observateur, 7 % d’entre eux voteraient pour l’écolo-indépendant Nicolas Hulot en 2007, contre 1 % pour Dominique Voynet. Et pas question de se reporter sur la candidate résiduelle des Verts en cas d’absence du présentateur d’Ushuaïa. Dans cette hypothèse, l’ancienne ministre de l’Environnement ne recueillerait qu’un point de plus – le reste se répartissant entre Olivier Besancenot, Corinne Lepage, François Bayrou (un point chacun) et Ségolène Royal (trois points). Comment expliquer cette fracture ? « Parce qu’il y a eu tromperie sur la marchandise : la vraie couleur des Verts, c’est le rouge », avance Christophe Lekieffre, patron des élus UMP du IIe arrondissement de Paris – l’une des deux municipalités, avec Bègles, dirigées par un maire vert (Jacques Boutault). « Longtemps, les gens ont eu l’impression que les Verts, c’était un parti sympa, apolitique, poursuit-il. Aujourd’hui, ils ne sont plus dupes. » Non immédiatement perçu par les Français, le basculement a lieu en 1993 lorsque la stratégie du “ni droite ni gauche”, prônée depuis l’origine par Antoine Waechter, vole en éclat suite à la prise de contrôle du mouvement par Voynet – ancienne militante du Flam (Front de lutte antimilitariste) – sur une ligne revendiquée d’« écologie politique ancrée à gauche ». En 2002, ce sera sur la « régularisation de tous les sans-papiers » et la « dépénalisation du cannabis » – deux de ses propositions phares –, plus que sur le trou de la couche d’ozone, que Noël Mamère fera campagne ! De quoi déconcerter, voire rebuter, nombre d’électeurs (sincèrement) écologistes… D’autant que – la politique, comme la nature, ayant peur du vide –, délaissés par les Verts, les thèmes environnementalistes ont été progressivement récupérés par les autres partis, droite et gauche confondues. « Nous avons été pillés ! », se plaint Voynet. Côté UDF, François Bayrou a repris à son compte la proposition de Nicolas Hulot d’un vice- premier ministre chargé de l’environnement ; côté parti socialiste, François Hollande définit désormais le PS comme « un mouvement écologiste ». Jusqu’au président de la République, Jacques Chirac, lançant en 2002 son vibrant « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ! », à la tribune du sommet mondial du développement durable à Johannesburg… « Il n’y a plus que les écolos pour ne plus parler d’écologie », s’amuse un proche de Sarkozy. Mais cet abandon des “fondamentaux” du parti – du réchauffement climatique aux catastrophes sanitaires – n’explique pas, à lui seul, la violente décrue électorale des Verts. S’y ajoute leur bilan.
Hémorragie militante : moins 50 % en dix ans !.
Au niveau national, quel souvenir – hors sa réaction tardive lors du naufrage de l’Érika et ses bisbilles avec les chasseurs – a laissé l’action de Dominique Voynet au ministère de l’Aménagement du territoire puis de l’Environnement entre 1997 et 2001 ? Quelle réforme, même modeste, a porté son successeur Yves Cochet jusqu’en 2002 ? Quelle fut l’utilité, autre qu’alimentaire, du groupe parlementaire RCV (Radical, citoyen et Vert) censé servir d’aiguillon au gouvernement Jospin ? « Les Verts n’ont servi à rien d’autre que de caution », résumait méchamment, et justement, l’écolo-centriste Corinne Lepage lors de la dernière élection présidentielle. S’ils ont déçu par excès de discrétion à l’échelon gouvernemental et législatif, les Verts – énième paradoxe – ont en revanche choqué par excès… d’activisme au niveau municipal. « Les Français qui ont vu les écologistes participer aux pouvoirs locaux, notamment à Paris, les ont jugés sur pièces, constate Jean-Marc Lech, d’Ipsos. Et leurs positions idéologiques sur le nucléaire civil – auquel les Français sont favorables – ou sur les problèmes de circulation – qui irritent les Parisiens – les ont coupés d’une partie non négligeable de leur électorat. » De Noël Mamère, célébrant dans l’illégalité en 2004 le “premier mariage homosexuel” dans sa mairie de Bègles, au tandem Denis Baupin-Yves Contassot, adjoints Verts aux transports et à l’environnement de Bertrand Delanoë, promettant de « faire vivre l’enfer » aux automobilistes de la capitale (lire pages suivantes), la méthode héritée de l’agit-prop gauchiste est partout la même : créer des fractures au sein de la population et pousser à l’affrontement. Au nom du dogme. « À peine élu, le maire du IIe a voulu faire interdire de chanter la Marseillaise à une chorale d’élèves lors des commémorations du 11 novembre, rappelle Christophe Lekieffre. Voter Vert, c’est voter sectaire. » Soit l’exact opposé de l’utopie égalitariste d’une majorité de leurs électeurs… Reste ce qui a longtemps fait sourire, mais n’amuse plus personne, au point d’avoir fait fuir la moitié des militants (7 000 contre 14 000) en dix ans : les violentes divisions internes transforment le parti en champ de bataille permanent. Non sans humour, Voynet le reconnaît : « Il n’est pas facile, a-t-elle écrit, de faire travailler ensemble d’anciens gauchistes, des communistes repentis, des naturalistes, des syndicalistes aguerris, des waechtériens honteux, des socialistes déçus, des innovateurs de l’économie solidaire et des néophytes de l’action politique. » Pas moins de huit courants et sous-courants cohabitent au sein d’un parti où – situation unique – un deuxième… second tour a été nécessaire pour départager (à 57 voix près) Voynet et Cochet, les deux finalistes de la primaire présidentielle ! « Un suicide collectif », comme le dit Brice Lalonde de ses anciens amis ? En politique, comme ailleurs, le ridicule, dit-on, ne tue pas. Certes. Sauf qu’avec les Verts, rien n’est impossible… | Arnaud Folch
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Les Verts dans… le rouge ! Lancé à la terrasse d’un café par un élu socialiste parisien, le jeu de mots, pour facile qu’il soit, résume bien la situation. Il y a le feu à la maison écolo ! Au point d’inquiéter sérieusement ses alliés. Hier roue de secours de la gauche plurielle – à Paris et ailleurs –, les Verts sont en passe de devenir son boulet. « Aux municipales de 2001, constate le même, nous ne l’aurions pas emporté sans eux. Aux municipales de 2008, il faudra l’emporter malgré eux. » Surprenant paradoxe : c’est au moment même où les Français sont de plus en plus “environnementalistes” qu’ils se révèlent de moins en moins écologistes – dans sa version verte. Selon un sondage LH2 réalisé en juillet dernier pour la fondation Nicolas-Hulot, les Français sont 90 % – un record – à estimer prioritaire de « changer profondément de politique pour faire face aux risques écologiques ». Mais ils ne sont plus que 1,5 %, selon le dernier baromètre TNS Sofres-Unilog, à s’apprêter à voter pour Dominique Voynet en 2007. Trois fois moins que les 5,2 % obtenus par Noël Mamère en 2002. Et à des années-lumière des 10,6 % d’Antoine Waechter aux européennes de 1989, marquant l’irruption tonitruante des Verts sur la scène politique, cinq ans seulement après leur création. « La tornade verte », titrait alors Libération… Confirmation aux régionales de 1992, où les Verts et Génération écologie raflent 14 % des suffrages à eux deux. Outre sa centaine d’élus, les Verts – qui s’en souvient encore ? – emportent la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais. C’est Marie-Christine Blandin, une quasi-inconnue, qui s’impose, après négociation, face aux poids lourds du PS et du PC dans ce bastion historique de la gauche. Un an plus tard, aux législatives, où les socialistes sont laminés, l’alliance Verts-GE rassemble 7,6 % des voix. Puis encore 9,7 % avec Daniel Cohn-Bendit aux européennes de 1999. Trois points de moins seulement que la liste RPR-UDF conduite par… Nicolas Sarkozy ! C’était écrit : ces “dix glorieuses” (1989-1999) devaient ouvrir une “nouvelle ère”. Elles n’auront été qu’une parenthèse. Phénomène strictement local, dû à l’émergence d’un nouvel électorat “bobo” dans la capitale, les municipales parisiennes de 2001 vont offrir une dernière fois aux Verts l’occasion de briller (12 % au premier tour), mais il s’agit d’un trompe-l’œil. « Voilà des années que le mouvement écologiste se déconstruit électoralement, constate Jean-Marc Lech, coprésident d’Ipsos. Si les Verts ont longtemps trouvé dans l’opinion un écho favorable, c’est bien fini aujourd’hui. »
“La vraie couleur des Verts, c’est le rouge”.
Les Français font désormais clairement la différence entre l’écologie, qu’ils approuvent, et les Verts, qu’ils rejettent. L’un n’est plus synonyme de l’autre. Selon une récente étude CSA-le Nouvel Observateur, 7 % d’entre eux voteraient pour l’écolo-indépendant Nicolas Hulot en 2007, contre 1 % pour Dominique Voynet. Et pas question de se reporter sur la candidate résiduelle des Verts en cas d’absence du présentateur d’Ushuaïa. Dans cette hypothèse, l’ancienne ministre de l’Environnement ne recueillerait qu’un point de plus – le reste se répartissant entre Olivier Besancenot, Corinne Lepage, François Bayrou (un point chacun) et Ségolène Royal (trois points). Comment expliquer cette fracture ? « Parce qu’il y a eu tromperie sur la marchandise : la vraie couleur des Verts, c’est le rouge », avance Christophe Lekieffre, patron des élus UMP du IIe arrondissement de Paris – l’une des deux municipalités, avec Bègles, dirigées par un maire vert (Jacques Boutault). « Longtemps, les gens ont eu l’impression que les Verts, c’était un parti sympa, apolitique, poursuit-il. Aujourd’hui, ils ne sont plus dupes. » Non immédiatement perçu par les Français, le basculement a lieu en 1993 lorsque la stratégie du “ni droite ni gauche”, prônée depuis l’origine par Antoine Waechter, vole en éclat suite à la prise de contrôle du mouvement par Voynet – ancienne militante du Flam (Front de lutte antimilitariste) – sur une ligne revendiquée d’« écologie politique ancrée à gauche ». En 2002, ce sera sur la « régularisation de tous les sans-papiers » et la « dépénalisation du cannabis » – deux de ses propositions phares –, plus que sur le trou de la couche d’ozone, que Noël Mamère fera campagne ! De quoi déconcerter, voire rebuter, nombre d’électeurs (sincèrement) écologistes… D’autant que – la politique, comme la nature, ayant peur du vide –, délaissés par les Verts, les thèmes environnementalistes ont été progressivement récupérés par les autres partis, droite et gauche confondues. « Nous avons été pillés ! », se plaint Voynet. Côté UDF, François Bayrou a repris à son compte la proposition de Nicolas Hulot d’un vice- premier ministre chargé de l’environnement ; côté parti socialiste, François Hollande définit désormais le PS comme « un mouvement écologiste ». Jusqu’au président de la République, Jacques Chirac, lançant en 2002 son vibrant « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ! », à la tribune du sommet mondial du développement durable à Johannesburg… « Il n’y a plus que les écolos pour ne plus parler d’écologie », s’amuse un proche de Sarkozy. Mais cet abandon des “fondamentaux” du parti – du réchauffement climatique aux catastrophes sanitaires – n’explique pas, à lui seul, la violente décrue électorale des Verts. S’y ajoute leur bilan.
Hémorragie militante : moins 50 % en dix ans !.
Au niveau national, quel souvenir – hors sa réaction tardive lors du naufrage de l’Érika et ses bisbilles avec les chasseurs – a laissé l’action de Dominique Voynet au ministère de l’Aménagement du territoire puis de l’Environnement entre 1997 et 2001 ? Quelle réforme, même modeste, a porté son successeur Yves Cochet jusqu’en 2002 ? Quelle fut l’utilité, autre qu’alimentaire, du groupe parlementaire RCV (Radical, citoyen et Vert) censé servir d’aiguillon au gouvernement Jospin ? « Les Verts n’ont servi à rien d’autre que de caution », résumait méchamment, et justement, l’écolo-centriste Corinne Lepage lors de la dernière élection présidentielle. S’ils ont déçu par excès de discrétion à l’échelon gouvernemental et législatif, les Verts – énième paradoxe – ont en revanche choqué par excès… d’activisme au niveau municipal. « Les Français qui ont vu les écologistes participer aux pouvoirs locaux, notamment à Paris, les ont jugés sur pièces, constate Jean-Marc Lech, d’Ipsos. Et leurs positions idéologiques sur le nucléaire civil – auquel les Français sont favorables – ou sur les problèmes de circulation – qui irritent les Parisiens – les ont coupés d’une partie non négligeable de leur électorat. » De Noël Mamère, célébrant dans l’illégalité en 2004 le “premier mariage homosexuel” dans sa mairie de Bègles, au tandem Denis Baupin-Yves Contassot, adjoints Verts aux transports et à l’environnement de Bertrand Delanoë, promettant de « faire vivre l’enfer » aux automobilistes de la capitale (lire pages suivantes), la méthode héritée de l’agit-prop gauchiste est partout la même : créer des fractures au sein de la population et pousser à l’affrontement. Au nom du dogme. « À peine élu, le maire du IIe a voulu faire interdire de chanter la Marseillaise à une chorale d’élèves lors des commémorations du 11 novembre, rappelle Christophe Lekieffre. Voter Vert, c’est voter sectaire. » Soit l’exact opposé de l’utopie égalitariste d’une majorité de leurs électeurs… Reste ce qui a longtemps fait sourire, mais n’amuse plus personne, au point d’avoir fait fuir la moitié des militants (7 000 contre 14 000) en dix ans : les violentes divisions internes transforment le parti en champ de bataille permanent. Non sans humour, Voynet le reconnaît : « Il n’est pas facile, a-t-elle écrit, de faire travailler ensemble d’anciens gauchistes, des communistes repentis, des naturalistes, des syndicalistes aguerris, des waechtériens honteux, des socialistes déçus, des innovateurs de l’économie solidaire et des néophytes de l’action politique. » Pas moins de huit courants et sous-courants cohabitent au sein d’un parti où – situation unique – un deuxième… second tour a été nécessaire pour départager (à 57 voix près) Voynet et Cochet, les deux finalistes de la primaire présidentielle ! « Un suicide collectif », comme le dit Brice Lalonde de ses anciens amis ? En politique, comme ailleurs, le ridicule, dit-on, ne tue pas. Certes. Sauf qu’avec les Verts, rien n’est impossible… | Arnaud Folch
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