Disparition du pétrole : effet sur l'aviation militaire et sur la Mégafolie Airbus

Publié le par FOSSILIST

  1 et l 'armée aérienne

  2 Boeing Airbus


 

 

je reédite cet article du 27.08.2006  du site générations futures

1   Et l'armée ?

 

        Quand on voit les émissions des avions civils,

 on peut légitimement se demander ce qu'il en est de l'aviation militaire.

Extrait de la loi de finance 2003 disponible sur le site de l'assemblée nationale http://www.assemblee-nationale.fr :
 "       En 2002, l'armée de l'air a effectué 259 000 heures de vol au lieu des 298 000 prévues.

L'aviation de combat a volé 92 000 heures (165 heures par pilote),

 l'aviation de transport près de 91 000 (315 heures par pilote),

les écoles 68 000 et les avions de complément 8 800.

Ce déficit de 39 000 heures est principalement dû à la faible disponibilité des appareils de combat et de transport. 


        Pour maintenir le niveau opérationnel de ses équipages, l'armée de l'air a fixé, pour 2003 et 2004, les objectifs d'heures de vol annuels suivants :

 180 heures pour un pilote de combat, 400 heures pour un pilote de transport et 200 heures pour un pilote d'hélicoptère."


 

        Les avions de combat genre Mirage 2000 avalent autour de 3000 litres de kérosène à l'heure.

Pour un pays comme la France qui compte environ 400 avions de combat et autant

(probablement davantage) de pilotes à entraîner environ 130 heures par an,

cela fait une consommation de carburant de l'ordre de 156 millions de litres par an,

 ce qui revient à dire que chaque français dépense 2.5 litres de carburant par an pour sa " protection aérienne".

 Même si à priori cette page n'est pas censé légitimer l'aviation militaire, il faut reconnaître que 2.5 litres par an, c'est une paille.

 Peut être pourrait-on facilement diviser par deux le nombre d'heures de vol des pilotes grâce au simulateur de vol ?

Les russes sont par exemple limités à moins de 30 heures de vol par an.

La question qu'il faut se poser est toujours une question de hiérarchisation des menaces.

La menace climatique est certes une très grosse menace, mais que penser d'une menace militaire venant de l'extérieur ?

Nul doute qu'il faut prendre cette question au sérieux. 

        Le climat nous imposerait de limiter la consommation annuelle de pétrole de chaque français à 650 litres.

Sur ces 650 litres, sommes nous capables pour assurer notre sécurité de dépenser une dizaine de litres par an ?

Probablement que oui...  

        Même s'il s'agit d'un rêve auquel j'aspire, je ne crois pas que nous allions vers la non-violence avec toutes les bombes à retardement que nous avons posées ici ou là. Mais je pense que comme tous les autres secteurs l'armée doit apprendre à économiser l'énergie, d'autant plus en temps de paix.


 

2 La bataille du ciel entre Airbus et Boeing.

        Les deux constructeurs ont une vision différente du marché aéronautique dans les décennies à venir, mais ces deux visions n'envisagent pas une décroissance du trafic aérien.

        Boeing ne croit pas à l'avenir d'un très gros porteur.

 Il parie sur une segmentation du marché avec le développement de vol direct entre agglomérations de taille moyenne.

Boeing continuera de toute façon à vendre ses 747 pendant quelques temps.

        Airbus voit aussi cette segmentation et reste présent en offrant une gamme d'avions très variée.

 Il croit cependant davantage aux grandes autoroutes aériennes reliant les énormes Hubs des grandes mégalopoles américaines, européennes et asiatiques.

 Le plan commercial d'Airbus est basé sur l'hypothèse que le nombre de passagers va être multiplié par trois dans les 20 ans qui viennent.

        Airbus prend probablement plus de risques que Boeing en se lançant dans le développement du très gros porteur, l'A380.

 Mais Boeing sera lui aussi confronté à un problème de taille pour vendre des avions d'une capacité moyenne,

il s'agit de la saturation des aéroports actuels.

Les aéroports peuvent difficilement accueillir davantage d'avions. Peut être que l'A380 est une meilleure réponse. Mais quelque soit les stratégies des constructeurs, aucun n'envisage un contexte de décroissance du trafic aérien. Le rêve d'un monde sans limite perdure. 

L'A380 : un symbole de la croissance permanente du trafic aérien,

 probablement le dernier exploit de l'espèce humaine !

        Ce qui me révolte le plus avec l'A380, c'est le fait qu'on se félicite que cet avion consomme environ 10% de carburant en moins que son concurrent :

le Boeing 747-400. Progrès qui incite les journalistes à le qualifier de "géant vert", la honte !


        Il faut pourtant regarder de plus près les chiffres car en fait cet avion n'est pas si économique qu'on veut bien nous le faire croire.

Ce que j'ai lu dans la presse lors de la présentation de l'avion : il consommerait par passager 3 litre de kérosène pour 100 km, contre 3.4 pour l'actuel Boeing 747-400.

Cet avion devrait pouvoir transporter entre 550 et 800 passagers.

 Chiffres impressionnants, mais non représentatifs de la capacité des avions vendus réellement par Airbus. Je donne trois exemples de compagnies intéressées par cet avion :

  • Air France a commandé 10 A380 comportant seulement 538 sièges.
  • Singapore Airlines a commandé des A380 comportant 480 sièges.
  • Virgin Atlantic prévoit d'accueillir encore moins de passagers pour faire un avion avec bar, salon de beauté et casino.
  • La plupart des autres compagnies ont adopté le modèle avec 550 places.
  • Seules quelques compagnies asiatiques semblent intéresser pour acheter la version 800 places, mais ces avions seront réservés à des lignes régionales et il ne faut pas oublier que les asiatiques sont plus petits que les européens et que ceci les prédispose à la version bétaillère de l'A380.

        Ceci montre que les compagnies aériennes ne sont pas intéressées par des avions de grande capacité. Elles voient juste dans l'A380 la possibilité de séduire une clientèle riche qui a perdu le confort de la vitesse depuis la fin de concorde, et qui est désireuse d'un nouveau type de progrès : celui de voyager dans un siège offrant quelques centimètres de plus que dans les autres avions, et celui de pouvoir se dégourdir les jambes dans un avion dont la principale caractéristique est l'espace. L'A380 ne sera probablement pas la bétaillère où s'entasseront des passagers aux revenus modestes. Cet avion est avant tout un paquebot du ciel qui aura pour principale vocation de conquérir une clientèle riche qui prendra davantage de plaisir à voyager en avion. L'A380 n'est finalement pas l'outil qui démocratisera le ciel, il sera juste un des derniers jouets qu'utiliseront les nantis de ce monde avant le déclin de notre civilisation.  

        Le véritable progrès de cet avion :

disposer d'un siège plus large de quelques centimètres.

Un progrès qui se paye cher et qui mérite un débat sur sa nécessité. Lors de la présentation de cet avion, j'ai pu être publier dans le courrier des lecteurs du Ouest France. Voici les deux publications les plus intéressantes : L'A380 s'envole vers un avenir bien sombre ! (21 janvier 2005) et L'A380 : le dernier exploit de l'espèce humaine ! (3 mai 2005)


Voici toutes les notes que j'avais assemblées avant de passer à la télévision à l'occasion du Salon du Bourget 2005 :

L'A380 : le dernier exploit de l'espèce humaine !

Deux choses :

        1 : L'A380 va se confronter au mur de la déplétion du pétrole, dans 10 ans, il ne volera plus !
Le pétrole va devenir de plus en plus cher parce que la production va inévitablement décliner. Lorsqu'on dit que nous avons 40 pétrole devant nous avec une consommation constante de pétrole, c'est faux car la production de pétrole ne peut pas être indéfiniment constante. Lorsque nous aurons passé le pic de production du pétrole, il n'y aura donc aucune possibilité de soutenir la consommation actuelle. La question du pétrole ne peut être abordée que sous l'angle de la décroissance.
L'aviation civile est en train de vivre ses dernières années car elle n'est absolument pas une nécessité, l'humanité s'en est très bien sorti jusqu'ici, il s'agit bien d'un luxe. On ne peut s'offrir du superflu que si on arrive à subvenir à ses besoins vitaux. La flambée inévitable du prix du pétrole va pénaliser l'ensemble de nos économies. Il faudra plus d'argent pour se chauffer l'hiver, plus d'argent pour se nourrir car malheureusement nous mangeons littéralement du pétrole avec notre agriculture ou notre pêche intensive. Il faudra plus d'argent pour se déplacer, et si ce n'est pas une question d'argent, cela sera une question de temps. Il faudra davantage de temps pour se déplacer que ce soit du temps pour réellement voyager ou que ce soit du temps pour travailler et pouvoir se payer le droit de voyager. Tout coûtant plus cher, c'est tous nos acquis liés à la société de consommation que nous perdront. Il me semble totalement incompatible d'envisager une croissance du trafic aérien, dont l'A380 est bien le symbole, et une décroissance constante de notre pouvoir d'achat à cause du renchérissement du coût des combustibles fossiles.

        Il semble que face au mur de la déplétion du pétrole, l'industrie aéronautique n'a pas mis au point de remplaçant au kérosène. Nous verrions déjà quelques prototypes volés or ce n'est nullement le cas. Ce qui nous menace n'est rien d'autre que l'effondrement de notre civilisation industrielle et tertiaire. 

        Ce qui est surprenant, c'est que je suis convaincu que nous sommes de plus en plus à savoir qu'il y aura un problème avec le pétrole dans les années à venir. Pourtant, aucun programme industriel n'envisage de faire face à pareille situation.

        Il est pourtant facile de se passer de l'avion. Les hommes d'affaire pourraient utiliser davantage internet (un moyen de transport instantané). La fin de la mondialisation limitera les besoins en voyages d'affaires longs courriers. Pour le tourisme, il faudra que les salariés puissent concentrer davantage leurs jours de congés pour qu'ils puissent partir en voyage sur des périodes beaucoup plus longues qu'aujourd'hui (plus de 6 semaines). 

        2 : Pour lutter contre les changements climatiques, nous devrons collectivement refuser l'A380 et d'une façon générale le transport aérien démocratique, car l'impact de l'aviation sur notre planète est excessif.
Pour moi, c'est une évidence, le réchauffement de la planète est le plus grand défi que nous devons relever. La conquête spatiale est à côté une aimable plaisanterie. Les efforts qui nous attendent et qui sont à fournir dans l'urgence sont des efforts comparables à la mobilisation d'un peuple qui se prépare à la guerre. 

        Pour donner la dimension du problème, il faut donner quelques chiffres :
        La Terre est aujourd'hui capable d'absorber 3 milliards de tonne d'équivalent carbone. L'humanité en émet actuellement 7. Donc il a un excédent énorme. Il faudra fixer un plafond d'émission qui devra être équitable entre tous les humains. Nous sommes un peu plus de 6 milliards et nous devrions limiter nos émissions globales à 3 milliards de tonne d'équivalent carbone. Un rapide calcul amène à se dire que notre plafond individuel est de 0.5 tonne d'équivalent carbone. C'est à peu près le niveau d'un indien et d'un chinois pour fixer le niveau de vie que l'on ne doit pas dépasser. A quoi cela correspond-il en baril de pétrole ? Et bien c'est simple, cela fait environ 4 barils de pétrole que nous devrions avoir le droit de brûler par individu et par an. Les transports sont responsables d'un quart des émissions, soit 1 baril de pétrole, avec lequel il faut transporter les marchandise et aussi les personnes. J'en arrive à la conclusion simple que nous devrions limiter notre consommation de pétrole pour nous transporter individuellement à 70 litres par an, soit un seul plein de nos voitures actuelles.

        Alors évidemment, si on se dit qu'on a le droit qu'à 70 litre pour une année, est-ce qu'on va consacrer ce quota au transport aérien ? Évidemment que non, mais quand bien même on déciderai de prendre l'avion, combien de kilomètre pourrait-on faire avec 70 litres ?  Réponse : 1400 km en prenant en compte une consommation de 5 l/100/passagers, consommation qui sera effective compte tenu du taux de remplissage des avions oscillant entre 70 et 80%.

        Autrement dit, le transport aérien devra être sacrifié si nous décidons de prendre les mesures qui s'imposent pour limiter l'emballement du climat.

        Les avions ont en outre une énorme responsabilité car les gaz qu'ils émettent sont émis en altitude, ce qui a un impact réchauffant 2 à 4 fois supérieur au même gaz s'ils avaient été émis au niveau de la mer.

        Quand est-ce que les routiers, les industriels et les particuliers se rebelleront contre ce privilège qu'à l'aviation qui est qu'elle ne paie pas de taxe sur le carburant qu'elle brûle ? Ne doit-on pas appliquer le principe du pollueur payeur ?

        Et pour tordre le cou à cette idée qu'on nous ressasse à longueur de journée, l'A380 serait un géant vert, je tiens à dire à tout le monde que la planète se contre fiche que l'A380 est réduit sa consommation par passager de 10% à 12%, ce qui intéresse notre planète et l'avenir de nos enfants, c'est la consommation globale, ce qui veut dire qu'aucun avion aussi économique soit-il ne peut être écologiquement acceptable dans un contexte de croissance ou de stabilisation du trafic aérien.  

        Bilan, alors que tout le monde se félicite de cet avion, moi, du haut de mes 26 ans, j'éprouve une profonde tristesse, une honte même. La société qui m'entoure semble atteinte du syndrome du Titanic. Elle croit en la toute puissance du progrès et se passe de réflexion sur le sens qu'elle lui donne. J'ai l'impression que nous sommes dans la situation d'un toxicomane qui fonce dans le mur les yeux grands ouverts et qui ne peut empêcher l'injection de la dernière dose. Cette civilisation, elle vit dans un rêve, une bulle totalement déconnectée de réalité finie de notre monde. Le rêve de l'aviation civile n'est qu'une bulle imaginaire parmi d'autres, d'autres bulles vont éclater, je crois d'ailleurs que cela commence avec l'éclatement dans les mois à venir de la bulle immobilière. Dans quelques années, ce sera le tour de la bulle énergétique. Puis viendra la bulle de l'immunité face au réchauffement climatique. 

        Je considère qu'il faut agir dès maintenant, les médias devraient se mobiliser pour prévenir les gens que la décroissance est inévitable et qu'il faudra l'organiser pour y survivre. C'est comme cela qu'on luttera contre le fatalisme ambiant. J'invite dès maintenant les gens qui entendent mon message à boycotter l'aviation civile car aujourd'hui prendre l'avion, c'est déclarer la guerre à nos enfants. J'invite les élus de la région de Nantes à réfléchir sérieusement à l'abandon définitif du projet d'aéroport sur le site de Notre Dame des Landes et aussi d'envisager dès maintenant une reconversion des salariés d'Airbus. 

        Plus nous nous félicitons de l'augmentation des moyens affectés au transport aérien aujourd'hui, moins nous pourrons venir nous plaindre du changement climatique plus tard.

        Les catastrophes auxquelles il faut s'attendre : un baril de pétrole dont le prix dépasse les 300 dollars (avant 2015), atteint les 2000 dollars (avant 2030), la chute d'Air France (avant 2015), les derniers jeux olympiques (en 2012), un conflit armé d'une grande ampleur dans la région du Golfe Persique dès 2020. 


 

 

 

 


 


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Publié dans TRANSPORTS

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