l'avis de Colin Campbell

Publié le par FOSSILIST

La fin du pétrole?

http://www.ecoledevie.net/cher%20petrole.htm

La production de pétrole commencera à décliner dès 2010. Il est temps de songer à de nouvelles sources d’énergie, affirme le géologue britannique Colin Campbell.

Le début de la fin de l'âge du pétrole est à nos portes, affirme Colin Campbell. Élucubration d'un prophète de malheur ? Simple réalisme, rétorque ce géologue britannique, qui navigue dans l'industrie pétrolière depuis la fin des années 1950.

Les découvertes de nouveaux gisements déclinent depuis près de 40 ans. Pour Colin Campbell et un nombre grandissant d'experts, il ne fait pas de doute que la production suivra bientôt la même tendance. Le pic de la production mondiale devrait survenir vers 2008. Après quoi, le pétrole, carburant essentiel aux sociétés modernes, deviendra une ressource de plus en plus rare, ce qui sonnera le glas de l'ère de prospérité dans laquelle nous vivons. « Notre manque de préparation est incroyable, quand on pense à l'importance qu'a le pétrole dans nos vies », dit-il.

Titulaire d'un doctorat en géologie de l'Université d'Oxford, Colin Campbell préside l'Association for the Study of Peak Oil, réseau paneuropéen de scientifiques tentant d'attirer l'attention du monde sur le défi qui l'attend : se débarrasser de sa dépendance à l'égard de l'or noir.

Voici une intéressante interview de lui :

« Le monde s'est remis des crises pétrolières des années 1970. Pourquoi en irait-il différemment à l'avenir ?

- Il y a une énorme différence. En 1973, par exemple, le premier choc pétrolier a résulté d'un embargo des pays arabes contre l'Occident, plus particulièrement les États-Unis et les Pays-Bas, perçus comme des alliés d'Israël dans la guerre du Kippour. Ça a duré quelques mois et conduit à une récession. Il n'y avait pas de pic ou de pénurie réelle, contrairement à ce qui s'en vient.

Les ressources pétrolières sont-elles vraiment au bord de l'épuisement ?

- La question de savoir quand nous allons produire la dernière goutte de pétrole n'est pas vraiment pertinente. La fin de la production va s'étendre sur une longue période et ne surviendra pas avant plusieurs décennies. Le moment critique est celui où le volume de production atteindra son sommet et commencera à décliner. Ce sera l'heure de vérité, beaucoup plus significative que la production de l'ultime baril.

Le monde ne va tout de même pas subitement s'écrouler...

- Il n'y a plus qu'une seule sous-espèce humaine de nos jours et c'est l'homo hydrocarbonum : que vous soyez dans une pirogue à moteur sur l'Amazone ou dans une voiture à Londres, vous utilisez du pétrole. Celui-ci représente aujourd'hui 40% du commerce de l'énergie et 90% du carburant employé dans les transports. Quand il commencera à se faire rare et que son prix augmentera, ça ne pourra qu'avoir des répercussions énormes sur notre mode de vie. La présomption universelle de croissance économique qui gouverne le monde depuis plus d'une centaine d'années devra céder la place au déclin. L'homo hydrocarbonum va sûrement s'éteindre d'ici la fin de ce siècle et je ne vois pas pour l'instant qui lui succédera.

Le pic va marquer une discontinuité historique, qui aura une influence sur tous les aspects de la vie, notamment l'agriculture - décrite par certains comme un procédé qui utilise la terre pour convertir le pétrole en nourriture. Les nouvelles variétés de plantes de la «révolution verte» ont un appétit vorace de fertilisants faits à partir du pétrole et une grande soif d'eau, fréquemment fournie par des pompes à essence. L'agriculture mécanisée, le transport, l'emballage, l'entreposage et le marketing imposent d'importantes demandes d'énergie, dont une part substantielle provient du pétrole.

Quand franchirons-nous ce cap ?

- Quelque 896 milliards de barils de pétrole classique ont été produits jusqu'ici. Les réserves sont de 871 milliards de barils et on peut évaluer qu'environ 133 milliards de barils n'ont pas encore été découverts. Plus de la moitié des réserves totales aura été utilisée d'ici 2005 et la production se mettra à décliner à compter de 2010.

Pourquoi la production diminuerait-elle forcément ?

- Après un certain temps, la courbe de la production imite toujours celle des découvertes. Prenez la Grande-Bretagne, qui, jusqu'en 1965, devait importer tout son pétrole. En l'espace de quelques années, une série de gisements de taille géante, les plus faciles à trouver, ont été découverts dans la mer du Nord. Sous Margaret Thatcher, on a ouvert la porte à l'industrie privée et tout le monde s'est mis à forer un peu partout. C'était l'heure de gloire. On oublie que les découvertes de nouveaux gisements ont atteint leur sommet dès 1973 et n'ont cessé de décliner depuis. La production annuelle, pour sa part, a culminé en 1999 et baisse depuis de près de 6% par année. À moins d'un miracle - et il n'y en aura pas -, la mer du Nord va continuer à décliner et personne n'y peut rien. La quantité de pétrole qu'on y trouve n'est pas infinie.

C'est la même chose aux États-Unis, le plus ancien des producteurs. La pointe des découvertes de gisements est survenue en 1930. Comme les techniques de l'époque étaient plus primitives, il a fallu 40 ans pour atteindre le pic de production. Depuis 1970, malgré des efforts héroïques et l'utilisation des technologies de pompage les plus perfectionnées, la production décline inexorablement. La même logique se répète partout dans le monde.

Quelle importance a la distinction entre le pétrole «classique» et le reste ?

- Il y a une énorme différence entre les puits à écoulement naturel du Moyen-Orient et les sables bitumineux canadiens, qu'il faut creuser à la pelle! Chaque catégorie de pétrole est présente en quantité différente dans la nature et le profil d'épuisement de chacune diffère. Certaines sont faciles d'accès et peu coûteuses, certaines difficiles d'accès et très chères; certaines s'épuiseront rapidement et d'autres lentement. Le pétrole «classique», facile d'accès et peu coûteux, définit la tendance et va continuer de dominer l'alimentation en pétrole dans l'avenir. Même si celui de source non classique (les sables bitumineux, l'huile de schiste, les liquides de gaz naturel, le pétrole en eau très profonde ou des régions polaires) va contribuer à retarder le déclin, ça n'influera que marginalement sur le moment où nous atteindrons le pic de production. Les ressources présentes dans les sables bitumineux canadiens sont énormes, par exemple, mais le rythme d'extraction est lent.

N'est-il pas possible que nous découvrions des gisements majeurs qui nous ont jusqu'ici échappé ?

- En ce qui concerne les gisements terrestres, il n'y a aucune chance de découvrir une nouvelle région riche en pétrole, à part peut-être dans l'Arctique russe. Les gisements en eau peu profonde (moins de 500 m) ont aussi pas mal été explorés. La région de la mer Caspienne, qui semblait très prometteuse il y a deux ans, n'a pas donné les résultats escomptés : certains avaient parlé de réserves de 200 milliards de barils, ce qui aurait permis de rivaliser avec le Moyen-Orient, mais il semble que ce soit plutôt autour de 10 milliards. C'est bien, mais ça ne changera pas le monde. Le portrait est certes plus incomplet en ce qui concerne les gisements en eau très profonde, mais ils ne pourront retarder le déclin que de quelques années dans le meilleur des cas, car seuls quelques endroits présentent le milieu géologique requis. N'oubliez pas que l'industrie va d'abord forer aux endroits les plus prometteurs : si elle n'est pas déjà allée quelque part, c'est sans doute parce qu'il y a une bonne raison !

Les nouvelles technologies d'extraction ne peuvent-elles permettre de tirer davantage des puits existants ?

- Ce n'est pas impossible dans certains cas particuliers, mais pas en général. Le champ pétrolifère de Prudhoe Bay, en Alaska, dont l'exploitation a débuté en 1969, est un bon exemple. À partir de 1982, des méthodes de récupération assistée ont commencé à être appliquées : injection de gaz, forage horizontal, on a tout essayé. La production est restée constante jusqu'en 1989, puis elle s'est mise à décliner pendant deux ans, jusqu'à ce qu'une autre percée technologique stabilise la situation durant un an, en 1991. Dès l'année suivante, le déclin a repris et il s'est poursuivi depuis de manière accélérée. La technologie n'a rien changé à l'estimation des réserves totales. La production a été maintenue à un niveau élevé pendant plus longtemps, mais la fin est plus abrupte. Au bout du compte, la quantité de pétrole obtenue est la même !

Qui seront les grands perdants quand la production se mettra à décliner ?

- Les plus à risque sont certainement les États-Unis, dont la production a atteint son sommet dès 1970. Depuis, le prix du pétrole est demeuré plutôt bas et les Américains ont pu en importer ; ils importent d'ailleurs plus de la moitié de ce qu'ils consomment actuellement [le quart de la production mondiale]. Graduellement, davantage de pays ne pourront cependant plus exporter. La quête des États-Unis deviendra difficile, d'autant que la concurrence augmentera: avec une production qui diminue de 6% par année, les Européens vont devoir importer davantage. L'Asie aussi. Il y aura une concurrence accrue pour des réserves qui ne cessent de diminuer.

Voyez-vous une manifestation de cette concurrence dans l'actuel différend entre la France et les États-Unis à propos de l'Irak ? Richard Perle, l'un des faucons de l'administration américaine, accuse les Français de vouloir protéger de lucratifs contrats signés par Total Fina Elf avec le régime actuel...

- C'est une explication simpliste. Il est clair que la concurrence s'accroît entre l'Europe et les États-Unis pour le pétrole du Moyen-Orient. Et une occupation militaire de l'Irak placerait les forces américaines dans une position stratégique leur permettant d'exercer un contrôle sur la région, qui compte pour 25% de la production mondiale - 40% d'ici 2010. Ça me semble plus logique que de dire que les États-Unis veulent accaparer le pétrole irakien. Car il ne faut pas croire que l'Irak va retourner à son niveau antérieur de production d'un seul tour de robinet. Il faudra énormément de travail, d'argent et de temps pour remettre en état des champs pétrolifères vieillissants. Dans le meilleur des cas, la production actuelle de deux millions de barils par jour pourrait doubler d'ici 2010, ce qui ne représenterait toujours qu'une fraction des besoins américains.

Comment expliquez-vous que l'on n'ait pas davantage commencé à se préparer à l'épuisement du pétrole ?

- Aucun gouvernement démocratique ne gagne des votes en anticipant une crise. Les politiciens sont élus pour de brefs mandats, qui les obligent à avoir une vision à court terme de l'avenir. Il n'y a aucun avantage politique à tirer de la question de l'épuisement du pétrole. C'est infiniment plus facile, politiquement parlant, de laisser la crise se produire comme une catastrophe naturelle et d'ensuite marquer des points pour la manière dont on réagit.

Y a-t-il des solutions ?

- La seule solution est de trouver une manière d'utiliser moins de pétrole. D'arrêter d'avoir des voitures coincées dans le trafic. De mieux isoler les maisons, de vivre différemment et de songer à des sources d'énergie de remplacement pour les besoins essentiels. Ce n'est cependant pas très alléchant pour les Américains, pour qui il est plus facile de dire : « Tout ce qui reste est à nous et nous allons le prendre. » » - Fin de l’interview –

Que les Américains soient, en effet – ce qui est plus facile mais aussi, à terme, plus dangereux pour eux -, décidés à prendre tout le pétrole restant pour maintenir le faramineux et pharaonique train de vie (il faudrait sept planètes comme la Terre si tous les Terriens voulaient vivre comme eux…) de leur « american way of life », il est facile de s’en convaincre :

« Projet pour un Nouveau Siècle Américain »

Il s'agit d'un groupe de néo-conservateurs particulièrement influents, avec des intérêts dans le gouvernement des USA et/ou dans l'industrie du pétrole. Parmi ses membres, ont trouve Jeb Bush, Dick Cheney, Dan Quayle, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Sur leur site Internet, ils sont très clair au sujet de leurs positions par rapport aux USA, au monde et au pétrole. (www.newamericancentury.org [en anglais]).

Les futures guerres du pétrole

Il n'est pas inhabituel pour un pays d'entrer en guerre pour s'assurer d'un bien dont il a besoin et ne dispose pas. Il semblerait que nous ayons déjà eu deux guerres du pétrole contemporaines (Y a-t-il quelqu'un qui puisse encore douter du fait que l'Irak aurait eu le « courage » d'envahir le Koweït et les USA et l'Europe celui de le libérer s'il ne disposait pas des sixièmes - d'après les statistiques - plus grandes réserves mondiales de pétrole ?) Il est probable qu'il y aura beaucoup d'autres guerres dans les décennies à venir. Les USA ont démontré leur volonté et capacité d'attaquer d'autres pays pour leurs propres intérêts et il est peu probable qu'ils y renoncent si leur « élément vital » est menacé. L'Europe, la Russie et la Chine ont déjà décidé de ne pas intervenir, et s'installent eux-mêmes doucement dans leur déclin.

La fin du pétrole?

La production de pétrole commencera à décliner dès 2010. Il est temps de songer à de nouvelles sources d’énergie, affirme le géologue britannique Colin Campbell.

Le début de la fin de l'âge du pétrole est à nos portes, affirme Colin Campbell. Élucubration d'un prophète de malheur ? Simple réalisme, rétorque ce géologue britannique, qui navigue dans l'industrie pétrolière depuis la fin des années 1950.

Les découvertes de nouveaux gisements déclinent depuis près de 40 ans. Pour Colin Campbell et un nombre grandissant d'experts, il ne fait pas de doute que la production suivra bientôt la même tendance. Le pic de la production mondiale devrait survenir vers 2008. Après quoi, le pétrole, carburant essentiel aux sociétés modernes, deviendra une ressource de plus en plus rare, ce qui sonnera le glas de l'ère de prospérité dans laquelle nous vivons. « Notre manque de préparation est incroyable, quand on pense à l'importance qu'a le pétrole dans nos vies », dit-il.

Titulaire d'un doctorat en géologie de l'Université d'Oxford, Colin Campbell préside l'Association for the Study of Peak Oil, réseau paneuropéen de scientifiques tentant d'attirer l'attention du monde sur le défi qui l'attend : se débarrasser de sa dépendance à l'égard de l'or noir.

Voici une intéressante interview de lui :

« Le monde s'est remis des crises pétrolières des années 1970. Pourquoi en irait-il différemment à l'avenir ?

- Il y a une énorme différence. En 1973, par exemple, le premier choc pétrolier a résulté d'un embargo des pays arabes contre l'Occident, plus particulièrement les États-Unis et les Pays-Bas, perçus comme des alliés d'Israël dans la guerre du Kippour. Ça a duré quelques mois et conduit à une récession. Il n'y avait pas de pic ou de pénurie réelle, contrairement à ce qui s'en vient.

Les ressources pétrolières sont-elles vraiment au bord de l'épuisement ?

- La question de savoir quand nous allons produire la dernière goutte de pétrole n'est pas vraiment pertinente. La fin de la production va s'étendre sur une longue période et ne surviendra pas avant plusieurs décennies. Le moment critique est celui où le volume de production atteindra son sommet et commencera à décliner. Ce sera l'heure de vérité, beaucoup plus significative que la production de l'ultime baril.

Le monde ne va tout de même pas subitement s'écrouler...

- Il n'y a plus qu'une seule sous-espèce humaine de nos jours et c'est l'homo hydrocarbonum : que vous soyez dans une pirogue à moteur sur l'Amazone ou dans une voiture à Londres, vous utilisez du pétrole. Celui-ci représente aujourd'hui 40% du commerce de l'énergie et 90% du carburant employé dans les transports. Quand il commencera à se faire rare et que son prix augmentera, ça ne pourra qu'avoir des répercussions énormes sur notre mode de vie. La présomption universelle de croissance économique qui gouverne le monde depuis plus d'une centaine d'années devra céder la place au déclin. L'homo hydrocarbonum va sûrement s'éteindre d'ici la fin de ce siècle et je ne vois pas pour l'instant qui lui succédera.

Le pic va marquer une discontinuité historique, qui aura une influence sur tous les aspects de la vie, notamment l'agriculture - décrite par certains comme un procédé qui utilise la terre pour convertir le pétrole en nourriture. Les nouvelles variétés de plantes de la «révolution verte» ont un appétit vorace de fertilisants faits à partir du pétrole et une grande soif d'eau, fréquemment fournie par des pompes à essence. L'agriculture mécanisée, le transport, l'emballage, l'entreposage et le marketing imposent d'importantes demandes d'énergie, dont une part substantielle provient du pétrole.

Quand franchirons-nous ce cap ?

- Quelque 896 milliards de barils de pétrole classique ont été produits jusqu'ici. Les réserves sont de 871 milliards de barils et on peut évaluer qu'environ 133 milliards de barils n'ont pas encore été découverts. Plus de la moitié des réserves totales aura été utilisée d'ici 2005 et la production se mettra à décliner à compter de 2010.

Pourquoi la production diminuerait-elle forcément ?

- Après un certain temps, la courbe de la production imite toujours celle des découvertes. Prenez la Grande-Bretagne, qui, jusqu'en 1965, devait importer tout son pétrole. En l'espace de quelques années, une série de gisements de taille géante, les plus faciles à trouver, ont été découverts dans la mer du Nord. Sous Margaret Thatcher, on a ouvert la porte à l'industrie privée et tout le monde s'est mis à forer un peu partout. C'était l'heure de gloire. On oublie que les découvertes de nouveaux gisements ont atteint leur sommet dès 1973 et n'ont cessé de décliner depuis. La production annuelle, pour sa part, a culminé en 1999 et baisse depuis de près de 6% par année. À moins d'un miracle - et il n'y en aura pas -, la mer du Nord va continuer à décliner et personne n'y peut rien. La quantité de pétrole qu'on y trouve n'est pas infinie.

C'est la même chose aux États-Unis, le plus ancien des producteurs. La pointe des découvertes de gisements est survenue en 1930. Comme les techniques de l'époque étaient plus primitives, il a fallu 40 ans pour atteindre le pic de production. Depuis 1970, malgré des efforts héroïques et l'utilisation des technologies de pompage les plus perfectionnées, la production décline inexorablement. La même logique se répète partout dans le monde.

Quelle importance a la distinction entre le pétrole «classique» et le reste ?

- Il y a une énorme différence entre les puits à écoulement naturel du Moyen-Orient et les sables bitumineux canadiens, qu'il faut creuser à la pelle! Chaque catégorie de pétrole est présente en quantité différente dans la nature et le profil d'épuisement de chacune diffère. Certaines sont faciles d'accès et peu coûteuses, certaines difficiles d'accès et très chères; certaines s'épuiseront rapidement et d'autres lentement. Le pétrole «classique», facile d'accès et peu coûteux, définit la tendance et va continuer de dominer l'alimentation en pétrole dans l'avenir. Même si celui de source non classique (les sables bitumineux, l'huile de schiste, les liquides de gaz naturel, le pétrole en eau très profonde ou des régions polaires) va contribuer à retarder le déclin, ça n'influera que marginalement sur le moment où nous atteindrons le pic de production. Les ressources présentes dans les sables bitumineux canadiens sont énormes, par exemple, mais le rythme d'extraction est lent.

N'est-il pas possible que nous découvrions des gisements majeurs qui nous ont jusqu'ici échappé ?

- En ce qui concerne les gisements terrestres, il n'y a aucune chance de découvrir une nouvelle région riche en pétrole, à part peut-être dans l'Arctique russe. Les gisements en eau peu profonde (moins de 500 m) ont aussi pas mal été explorés. La région de la mer Caspienne, qui semblait très prometteuse il y a deux ans, n'a pas donné les résultats escomptés : certains avaient parlé de réserves de 200 milliards de barils, ce qui aurait permis de rivaliser avec le Moyen-Orient, mais il semble que ce soit plutôt autour de 10 milliards. C'est bien, mais ça ne changera pas le monde. Le portrait est certes plus incomplet en ce qui concerne les gisements en eau très profonde, mais ils ne pourront retarder le déclin que de quelques années dans le meilleur des cas, car seuls quelques endroits présentent le milieu géologique requis. N'oubliez pas que l'industrie va d'abord forer aux endroits les plus prometteurs : si elle n'est pas déjà allée quelque part, c'est sans doute parce qu'il y a une bonne raison !

Les nouvelles technologies d'extraction ne peuvent-elles permettre de tirer davantage des puits existants ?

- Ce n'est pas impossible dans certains cas particuliers, mais pas en général. Le champ pétrolifère de Prudhoe Bay, en Alaska, dont l'exploitation a débuté en 1969, est un bon exemple. À partir de 1982, des méthodes de récupération assistée ont commencé à être appliquées : injection de gaz, forage horizontal, on a tout essayé. La production est restée constante jusqu'en 1989, puis elle s'est mise à décliner pendant deux ans, jusqu'à ce qu'une autre percée technologique stabilise la situation durant un an, en 1991. Dès l'année suivante, le déclin a repris et il s'est poursuivi depuis de manière accélérée. La technologie n'a rien changé à l'estimation des réserves totales. La production a été maintenue à un niveau élevé pendant plus longtemps, mais la fin est plus abrupte. Au bout du compte, la quantité de pétrole obtenue est la même !

Qui seront les grands perdants quand la production se mettra à décliner ?

- Les plus à risque sont certainement les États-Unis, dont la production a atteint son sommet dès 1970. Depuis, le prix du pétrole est demeuré plutôt bas et les Américains ont pu en importer ; ils importent d'ailleurs plus de la moitié de ce qu'ils consomment actuellement [le quart de la production mondiale]. Graduellement, davantage de pays ne pourront cependant plus exporter. La quête des États-Unis deviendra difficile, d'autant que la concurrence augmentera: avec une production qui diminue de 6% par année, les Européens vont devoir importer davantage. L'Asie aussi. Il y aura une concurrence accrue pour des réserves qui ne cessent de diminuer.

Voyez-vous une manifestation de cette concurrence dans l'actuel différend entre la France et les États-Unis à propos de l'Irak ? Richard Perle, l'un des faucons de l'administration américaine, accuse les Français de vouloir protéger de lucratifs contrats signés par Total Fina Elf avec le régime actuel...

- C'est une explication simpliste. Il est clair que la concurrence s'accroît entre l'Europe et les États-Unis pour le pétrole du Moyen-Orient. Et une occupation militaire de l'Irak placerait les forces américaines dans une position stratégique leur permettant d'exercer un contrôle sur la région, qui compte pour 25% de la production mondiale - 40% d'ici 2010. Ça me semble plus logique que de dire que les États-Unis veulent accaparer le pétrole irakien. Car il ne faut pas croire que l'Irak va retourner à son niveau antérieur de production d'un seul tour de robinet. Il faudra énormément de travail, d'argent et de temps pour remettre en état des champs pétrolifères vieillissants. Dans le meilleur des cas, la production actuelle de deux millions de barils par jour pourrait doubler d'ici 2010, ce qui ne représenterait toujours qu'une fraction des besoins américains.

Comment expliquez-vous que l'on n'ait pas davantage commencé à se préparer à l'épuisement du pétrole ?

- Aucun gouvernement démocratique ne gagne des votes en anticipant une crise. Les politiciens sont élus pour de brefs mandats, qui les obligent à avoir une vision à court terme de l'avenir. Il n'y a aucun avantage politique à tirer de la question de l'épuisement du pétrole. C'est infiniment plus facile, politiquement parlant, de laisser la crise se produire comme une catastrophe naturelle et d'ensuite marquer des points pour la manière dont on réagit.

Y a-t-il des solutions ?

- La seule solution est de trouver une manière d'utiliser moins de pétrole. D'arrêter d'avoir des voitures coincées dans le trafic. De mieux isoler les maisons, de vivre différemment et de songer à des sources d'énergie de remplacement pour les besoins essentiels. Ce n'est cependant pas très alléchant pour les Américains, pour qui il est plus facile de dire : « Tout ce qui reste est à nous et nous allons le prendre. » » - Fin de l’interview –

Que les Américains soient, en effet – ce qui est plus facile mais aussi, à terme, plus dangereux pour eux -, décidés à prendre tout le pétrole restant pour maintenir le faramineux et pharaonique train de vie (il faudrait sept planètes comme la Terre si tous les Terriens voulaient vivre comme eux…) de leur « american way of life », il est facile de s’en convaincre :

« Projet pour un Nouveau Siècle Américain »

Il s'agit d'un groupe de néo-conservateurs particulièrement influents, avec des intérêts dans le gouvernement des USA et/ou dans l'industrie du pétrole. Parmi ses membres, ont trouve Jeb Bush, Dick Cheney, Dan Quayle, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz.

Sur leur site Internet, ils sont très clair au sujet de leurs positions par rapport aux USA, au monde et au pétrole. (www.newamericancentury.org [en anglais]).

Les futures guerres du pétrole

Il n'est pas inhabituel pour un pays d'entrer en guerre pour s'assurer d'un bien dont il a besoin et ne dispose pas.

 Il semblerait que nous ayons déjà eu deux guerres du pétrole contemporaines (Y a-t-il quelqu'un qui puisse encore douter du fait que l'Irak aurait eu le « courage » d'envahir le Koweït et les USA et l'Europe celui de le libérer s'il ne disposait pas des sixièmes - d'après les statistiques - plus grandes réserves mondiales de pétrole ?)

Il est probable qu'il y aura beaucoup d'autres guerres dans les décennies à venir.

 Les USA ont démontré leur volonté et capacité d'attaquer d'autres pays pour leurs propres intérêts et il est peu probable qu'ils y renoncent si leur « élément vital » est menacé.

L'Europe, la Russie et la Chine ont déjà décidé de ne pas intervenir, et s'installent eux-mêmes doucement dans leur déclin.

 

 

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